Bovarysme : Ecart douloureux, dissonnance entre vie réelle et vie rêvée ; échec de conciliation entre quotidien et imaginaire. (Jules de Gautier : Illusion de soi, vie par procuration.)

Bovarysme : Ecart douloureux, dissonnance entre vie réelle et vie rêvée ; échec de conciliation entre quotidien et imaginaire. (Jules de Gautier : Illusion de soi, vie par procuration.)
" Au fond de son âme, cependant, elle attendait un événement. Comme les matelots en détresse, elle promenait sur la solitude de sa vie des yeux désespérés, cherchant au loin quelque voile blanche dans les brumes de l'horizon. Elle ne savait pas quel serait ce hasard, le vent qui le pousserait jusqu'à elle, vers quel rivage il la mènerait, s'il était chaloupe ou vaisseau à trois ponts, chargé d'angoisses ou plein de félicités jusqu'aux sabords. Mais, chaque matin, à son réveil, elle l'espérait pour la journée, et elle écoutait tous les bruits, se levait en sursauts, s'étonnait qu'il ne vînt pas ; puis, au coucher du soleil, toujours plus triste, désirait être au lendemain. " (123)

# Posté le samedi 13 décembre 2008 08:46

Je dévore l'Herbe bleue, une tasse de thé à la main

Il est des souvenirs, dont nous ne distinguons plus s'ils appartiennent à l'ordre du rêve ou du réel.. Avant-hier, j'ai ressenti un doute subit, en remontant le chemin de l'église qui mène chez mes voisins : pendant quelques secondes, je ne me suis plus souvenue si Annie était vraiment morte, ou si elle avait seulement déménagé. Je ne me suis uniquement souvenue qu'enfant, je remontais avec mon frère ce même chemin par de belles matinées estivales, fraîches et ensoleillées, fleuries et parfumées. Au bout du chemin nous attendait Annie dans sa maison de pierre. Notre verre de jus d'orange nous attendait aussi, posé sur la table de la terrasse sur laquelle nous venions étudier nos cahiers de vacances. Je me suis aussi souvenue de l'énorme chien blanc-beige d'Annie. Je me suis souvenue jusqu'à sa laisse en cuir marron. Il faisait partie de sa personne : Annie, c'était sa maison de pierre, ses cheveux gris, son petit nez rabougri, ses yeux exorbités, sa voiture bleu marine, ses serres-tête et larges pantalons tout aussi bleu marine, et son gros chien blanc. Mon frère et moi n'osions nous aventurer trop près de la maison de pierre si Annie n'était pas là pour lénifier la grosse bête imposante. J'ai toujours aimé l'été et monter là-haut remplir mes cahiers de vacances ; ce que je préférais, c'était les exercices d'orthographe, de compréhension de texte, de grammaire et de conjugaison. Je me débrouillais toujours pour les finir en premier, en sautant parfois malencontreusement quelques pages de géométrie. Annie est morte d'un cancer, oui ça y est je m'en souviens.

# Posté le jeudi 24 avril 2008 09:41

Modifié le dimanche 31 août 2008 09:30

Rebirth (ou l'espoir qu'un jour la chenille sorte de sa chrysalide et devienne papillon)

Rebirth (ou l'espoir qu'un jour la chenille sorte de sa chrysalide et devienne papillon)
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Stade larvaire. Léthargie chronique. Penser sa vie, en oublier de vivre. La tête qui prend parfois le dessus sur le coeur et sur tous les autres organes vitaux. Etre le spectateur de son propre théâtre, se regarder agir. Larmes intérieures de regret, seul dans le noir, face à soi-même, pour tous ces actes non commis et pour toutes ces paroles non prononcées. Vivre une vie sage, douce et timide ; une vie sans ratures, sans faute d'orthographe, sans cris ni giffles. Tout tempérer, jusqu'à ses sentiments. Croire que tout se contrôle ; tenter alors de tout contrôler.
Mais un jour, tu ouvriras les yeux, ma fille, tu sortiras de ta chrysalide, tu tomberas de ta tour d'ivoire. Tu comprendras que tes idéaux sont chimériques, illusoires. Enfin, tu connaîtras la Vie, la prendras en pleine gueule, vivras tout sans retenue, l'insouciance totale, hédonisme sans lendemain.
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# Posté le dimanche 20 avril 2008 13:48

Modifié le mercredi 29 avril 2009 09:03

La vie en Espagne, et autres digressions autour du Lion.

La vie en Espagne, et autres digressions autour du Lion.
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La petite fille tout de rose vêtue était fascinée par le vieux musicien. J'ai trouvé ça beau. J'eus parfois été cette petite fille, et le serai encore. En tête à tête avec l'artiste, dialogue inaudible, imperceptible face à face des coeurs, sorte de bulle hors du réel, impénétrable. Plus petite encore, en tête à tête avec le lion derrière sa grille enfermé, à la sortie du cirque, pauvre bête de foire, le Roi des animaux qui restait figé là sans broncher, calme et serein, son regard planté dans le mien. En cette communion, en ce lien privilégié établi, j'avais le sentiment, l'intime conviction de pouvoir ressentir toute la tristesse qu'il éprouvait, lui que l'on avait tenté de dénuer de sa superbe. J'ai trouvé ça beau. Cet air de Jeux interdits berçant les rues de Santander, ce soleil radieux qui jusque là s'était montré plus que timide, la ville qui semblait revivre ainsi éclairée, cette agitation, ces passants qui grouillaient tout autour de nous, leurs visages qui s'ouvraient enfin, conséquence directe du beau temps?

Le samedi douze avril deux mille huit à treize heures quinze dans les rues de Santander, j'ai filmé une minute de vie.

# Posté le mercredi 16 avril 2008 15:09

Modifié le dimanche 26 avril 2009 19:24

J'ai fait un rêve gris. Comprend qu'il me déçoive : j'y étais trop insipide pour que l'on m'aperçoive.

J'ai fait un rêve gris. Comprend qu'il me déçoive : j'y étais trop insipide pour que l'on m'aperçoive.
Avez-vous déjà...Rêvé des morts, de vos morts? Vous verriez comme c'est apaisant, presque rassurant.

Souvent je rêve de mon grand-père, je rêve que je le croise dans une rue piétonne, pavée de briques rouges, un bel après-midi, probablement un après-midi d'été, sous un soleil dont les rayons illuminent le décor, rendent tout si diaphane. La foule nous oppresse, nous étouffe, tout est flou autour de moi, excepté Lui. Il me parle, me sourit, j'entends sa voix, oui je l'entends, elle est si...Réelle. Et je me réveille apaisée.

# Posté le lundi 14 avril 2008 12:13

Modifié le dimanche 26 avril 2009 19:32